Les querelles du soir recommencèrent. Dailleurs les coups, les cris duraient tout le jour. À la haine vint se joindre la méfiance, et la méfiance acheva de les rendre fous. Laurent va létreindre dans ses bra s, lorsquil aperçoit le portrait de Camille, pendu au-dessus du buffet. Oui, mais depuis quil a sa retraite, et quil sest retiré à Paris, avec sa nièce, il se dérange. Cette petite Suzanne le mène par le bout du nez.. Cest tout de même agréable, davoir des amis et de les recevoir une fois par semaine. Plus souvent, ça coûterait trop cher.. Ah! je voulais vous dire, avant quils arrivent : jai fait un projet, en chemin. Eh bien! chère dame, ma petite enquête est faite, je vous dirai tout net ce que je pense Mais dabord, quon nous laisse. Quinze mois se sont écoulés, durant lesquels les deux amants ne se sont pas revus, comme si la mort du mari avait affecté leur passion. Mais son deuil étant terminé, Thérèse propose à Laurent de lépouser.
Est-ce que tu crois que lon tue comme ça, sans quon le sache, toi, Laurent? Tout à lheure. Laissez à madame Raquin le temps de se remettre.. Nous pleurons tous notre cher Camille. Camille Raquin, fils de madame Raquin, cousin puis mari de Thérèse, assassiné sur la Seine par le couple damants, Laurent et Thérèse. De tempérament maladif et chétif. La critique a été passionnée ; elle a discuté mon œuvre violemment. Je ne men plains pas, et je len remercie. Jy ai gagné dentendre léloge du roman dont la pièce est tirée, ce roman que la presse a si maltraité à son apparition ; aujourdhui, le roman est bon, et cest le drame qui ne vaut rien ; espérons que le drame vaudrait quelque chose, si je pouvais en tirer une nouvelle œuvre quil sagirait de déclarer détestable. Puis, en matière de critique, il faut savoir lire entre les lignes. Comment voulez-vous, par exemple, que les vieux champions de 1830 soient tendres pour Thérèse Raquin? Passe encore si ma mercière était une reine et si mon assassin portait un justaucorps abricot ; il faudrait aussi quau dénouement Thérèse et Laurent pussent sempoisonner à laide dune coupe dor pleine de vin de Syracuse. Mais fi de cette arrière-boutique! fi de ces petites gens qui se permettent davoir un drame chez eux, à leur table couverte dune toile cirée! Il est certain que les derniers des romantiques, même sils avaient trouvé quelque talent dans mon œuvre, lauraient nié absolument, avec la belle injustice des passions littéraires. Il y a eu ensuite les critiques de croyances opposées aux miennes ; ceux-là, très loyalement, ont essayé de me prouver que javais tort de me fourvoyer dans un sentier qui nest pas le leur ; je les ai lus avec attention, ils ont dit dexcellentes choses, et je tâcherai de profiler des observations justes qui mont particulièrement frappé. Enfin, jai à remercier les critiques tout sympathiques, ceux qui ont mon âge et mes espérances ; car, cela est triste à dire, on ne trouve que rarement des appuis parmi ses aînés ; il faut grandir avec sa génération, être poussé par celle qui vous suit, arriver avec lidée et la forme de son temps. En somme, voici le bilan de la critique sur Thérèse Raquin : on a parlé de Shakespeare et de Paul de Kock, et il y a, entre ces deux noms, une assez large place pour que je puisse my loger à laise. Non, non, ça ne peut pas se passer comme cela.. Je vais aller chercher une bouteille de quelque chose. Que diable! nous arroserons ton œuvre.
Le 5 octobre, enterrement dEmile Zola au cimetière Montmartre, accompagné par une foule immense Au même moment, chez tous les deux, la même pensée, lhorrible pensée.. SUZANNE, après avoir fait asseoir Thérèse devant le feu. Elle eut un sourire forcé, et échangea quelques mots avec Laurent et son mari ; puis elle se hâta daller rejoindre sa tante. Elle
Il sest établi depuis quelques années une école monstrueuse de romanciers, qui prétend substituer léloquence du charnier à léloquence de la chair, qui fait appel aux curiosités les plus chirurgicales, qui groupe les pestiférés pour nous en faire admirer les marbrures, qui sinspire directement du choléra, son maître, et qui fait jaillir le pus de la conscience.