degas prostituees degas prostituees Henri de Toulouse-Lautrec évoque dans ses dessins les mêmes visions. En cette fin du XIXème siècle, à Paris, les maisons closes sont nombreuses et le peintre montmartrois ne peut échapper à lattrait de ces femmes. A la fois acteur et spectateur, rien néchappe à son regard ni à son crayon. Progressivement, il simmisce dans le quotidien des prostituées et rentrent en relation avec certaines. En 1892, la patronne dune maison closes rue des Moulins lui commande une série de décors pour son salon dattente. Loccasion rêvée pour Lautrec de réaliser le portrait de chaque pensionnaire. Son approche est toujours respectueuse des modèles. Il ne les juge pas mais cherche simplement à traduire sur la toile ou sur le papier ce quil voit. Des filles miséreuses au sourire triste évoluant dans le faux luxe des salons. Dans sa peinture, ni provocation, ni voyeurisme. On laccuse de choisir des sujets honteux, ignobles. Et pourtant, ses danseuses de french cancan et ses prostituées sont infiniment moins perverses que les divinités déshabillées encensées par lart officiel. Il se pose en observateur et nhésite donc pas à habiter pendant plusieurs mois parmi elles, les regardant vivre à linstar dun Zola préparant une étude sur un sujet. Il y a quelque chose de paradoxal dans la force créatrice de ce nabot alcoolique et contrefait. En effet, qui pourrait imaginer une chose pareille? Il redonne une humanité à ces femmes oubliées. Il se fait le secrétaire dune intimité et dune atmosphère confinée. Cest le témoin dun monde étranger au sein dun monde commun. Il esquisse un tableau vivant de ce bordel-on peut penser à lune de ses toiles où lon aperçoit en premier plan une femme en bleue tenant sa jambe, sensuellement Au salon de la rue des Moulins. Sa peinture se fait sociale et embrasse le commun de ces putains. Jamais les femmes ne sont représentées avec leurs clients et lérotisme est absent de ses toiles. Pourtant, il parvient à transmettre au spectateur une impression dhumilité face à ces femmes qui nous échappe, écrasées par un sombre hasard. Le peintre arrive à saisir la souffrance intime des prostituées et à limmortaliser, comme pour dire à son public, Souvenez-vous. Elles sont là. En John Rewald, Degas and his family in New Orleans, Gazette des Beaux-Arts, XXX, août 1946, p 121-122. 11 numéros par an, 100 pages, disponible par abonnement et au numéro, en ligne ou en kiosque. La guerre est un lointain souvenir et léconomie est prospère. Sa chevelure nous dérobe encore ses traits. Rien à faire. La femme chez Degas na pas de visage, pas didentité. Découvrez lhistoire peu recommandable et peu enviable de ces petits rats : loin de leurs glorieux instants sur scène, leur vie derrière le rideau LOpéra, lieu de paraître Il est obsédé par les inventions scientifiques, fasciné par les travaux photographiques, par le mouvement de celle-ci. La photographie permet dapporter à Degas une solution : comment observer et rendre compte dun mouvement qui est nécessairement éphémère. Il y a une impossibilité de saisir les expressions du naturel car si elles sont réellement naturelles, elles sont trop rapide pour être saisies, si elles sont exprimés par un modèle, elles sont superficielles. Isabelle Enaud-Lechien, Edgar Degas. Un regard sur la vie moderne, À Propos, 64 p. Tirant son titre dun roman de Balzac, la nouvelle grande exposition du musée dOrsay porte sur un thème tragique et délicat, celui de la prostitution dans la seconde moitié du XIX e siècle. Très dense et curieusement organisée, elle montre environ 400 œuvres peintures, dessins, sculptures, mobiliers, photographies, films. Partant dun fond mauve, on chemine vers des salles aux murs rouges agressifs, plutôt déplaisants. Un grand nombre de belles peintures, gravures et lithographies de Henri de Toulouse-Lautrec, des dessins ou toiles de Jean-Louis Forain, Edgar Degas, Édouard Manet fameuse Olympia qui fit scandale, Vincent Van Gogh, Émile Bernard, Pablo Picasso superbe et émouvante Mélancolie, 1902, Georges Rouault, etc. Côtoient des œuvres de moindre qualité. À mi-parcours puis à la fin, deux espaces fermées par des rideaux rouges, interdits aux moins de 18 ans, évoquant les sex-shops de notre temps, cachent des photographies obscènes de lépoque. Était-ce nécessaire? Une salle évoque les ravages de la syphilis avec images à lappui. Âmes sensibles sabstenir! Un sujet grave qui oscille entre empathie et complaisance. À la fin des années 1860, Degas consacre une magnifique suite de portraits aux habitués de ces soirées qui réunissent des musiciens amateurs sa soeur Marguerite, excellente chanteuse ; la pianiste Blanche Camus et professionnels les instrumentistes de lorchestre de lOpéra. Il déploie tout un instrumentarium : guitare, piano droit, piano à queue, violon, violoncelle, basson, contrebasse, flûte, harpe ; saisit divers moments : répétition, pause, concert intime ou public ; fait entendre tous types de musiques : chanson populaire, morceau au piano seul, duo dopéra, musique symphonique de ballet. Messieurs, je ne suis pas une peintre en miniatures, mais un peintre de fresque un peintre à la manière de Léandre, le dessinateur du Rire, qui inaugurait jadis au Chat noir, en illustrant La Fronde le rappelait lautre jour une de mes nouvelles ; de ce Léandre dont les images sont extraordinairement caricaturales ; de ce Léandre qui a le génie du grossissement et de la déformation, dans le viol pardonné des lois anatomiques. jusquau 19 janvier 2020, Musée dOrsay, 1, rue de la Légion-dHonneur, 75007 Paris. degas prostituees de possibles. Certains soutiennent dailleurs que lœuvre de Degas doit Les premiers musées à ouvrir leurs portes seront les grands musées privés. Lundi, vous pourrez visiter les Fondations Beyeler à Bâle, Gianadda à Martigny ou la Maison Cailler à Broc. Alexandre Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris au XIXe siècle, texte présenté et annoté par Alain Corbin, Paris, Seuil, 1981 1836. Découverte dune statuette en cire de Louis XIV à cheval au château de Parentignat. Collectif, Degas et le nu, catalogue de lexposition, Hazan, 352.p. Il ny a pas que ça qui dérange dans cette sculpture, quil faudrait plutôt qualifier de statuette au passage. Réalisée en cire, un matériau peu onéreux et donc loin de la noblesse du marbre ou du bronze, elle est vêtue comme une véritable fillette. Sur sa tête, Degas a placé une perruque faite de vrais cheveux, quil a noués avec un ruban. Elle porte également un tutu en tissu ainsi que des demi-pointes. Ce mélange de matériau est absolument révolutionnaire ; il constitue dailleurs la suite logique des recherches techniques effectuées par Degas. Duane Hanson, Touristes, 1970. Jérôme Carcopino, dans sa remarquable étude intitulée La Vie quotidienne à Rome à lapogée de lEmpire Paris, Hachette, 1939, décrit le théâtre à Rome, son fonctionnement, ses codes, et il précise que les costumes drapés à la grecque ou à la romaine en situaient laction et la condition sociale : blancs pour les vieillards, multicolores pour les jeunes gens, jaunes pour les courtisanes, pourpres pour les riches, rouges pour les pauvres, une courte tunique pour les esclaves, une chlamyde pour les soldats, un pallium roulé pour les parasites et bariolé pour les entremetteurs p. 258 ; cest nous qui soulignons. En matière de décor et de mobilier, la différence entre le monde et le demi-monde nest guère perceptible. Les meubles de la Païva témoignent par exemple dun goût pour un luxe et un raffinement très traditionnels, dont les formes et les matériaux évoquent les styles de lAncien Régime.